Les bienfaits de la musique pour le cerveau des enfants

Les bienfaits de la musique pour le cerveau des enfants

Apprendre la musique dès l’enfance facilite l’acquisition du langage, la concentration et même la réussite scolaire. Ce constat, appuyé par la recherche scientifique, devrait inspirer les parents, les éducateurs et les décideurs. 

Soyons optimistes et espérons que nos enfants pourront retourner en classe de façon régulière dès septembre. Si c’est le cas, le mois d’août s’avère toujours un moment de réflexion pour les parents qui veulent choisir des activités enrichissantes pour leurs jeunes enfants inscrits au préscolaire ou au primaire. Parmi les options qui s’offrent à eux, il y a bien entendu les jeux et les sports, qui procurent un développement physique et social essentiel. Mais une autre activité est reconnue pour sa contribution à la réussite scolaire. 

Les bienfaits de la musique sont prouvés

La musique est un excellent modèle pour étudier et comprendre le fonctionnement du cerveau. De nombreuses équipes de recherche d’un peu partout dans le monde ont donc examiné l’effet de la musique sur le cerveau des jeunes. Étant moi-même à la fois musicien et journaliste scientifique, j’ai écrit un livre sur ces liens fascinants. Dans mon ouvrage Le cerveau et la musique, je cite un chercheur québécois de renommée mondiale dans ce domaine, Robert Zatorre, de l’Université McGill, qui affirme que « la performance musicale est l’un des défis les plus complexes et exigeants sur le plan cognitif que l’esprit humain peut entreprendre ». 

De nombreuses régions du cerveau entrent en jeu dans l’exécution et l’interprétation d’une pièce à l’instrument : le cortex visuel, à l’arrière de la tête, et le cortex moteur, sur le dessus, servent à lire et à interpréter une partition. Mais surtout, le cortex auditif, sur les côtés, permet d’entendre et d’ajuster l’exécution des notes que l’on produit. Sans parler de toutes les régions de notre système limbique, au cœur du cerveau, pour exprimer les émotions et ressentir le plaisir que cela apporte. La recherche scientifique démontre que plus on apprend la musique jeune, dès l’âge de 4 ans, plus grands en sont les bienfaits pour le cerveau.

 

La musique et le langage

La musique est la mère de toutes les langues. Les scientifiques s’accordent pour dire que l’émergence de la musique — celle qui a d’abord utilisé la voix humaine et les rythmes — a permis à l’Homo sapiens que nous sommes d’établir une cohésion sociale autour des grands rituels que sont l’amour, la chasse, les récoltes et la guerre. Le langage a suivi pour nommer les choses et transposer le récit de nos vies en sons compris et partagés par tous. Il y a donc un lien étroit entre le langage et la musique. 

En fait, les tout-petits commencent à apprendre une langue comme s’il s’agissait d’une musique. Ils décodent la mélodie et le rythme du langage avant même de comprendre le sens des mots. On a découvert que les enfants qui jouent de la musique à un jeune âge acquièrent plus facilement le langage. L’explication se trouve dans la grande plasticité de leur cerveau, car le nombre de neurones et de leurs connexions est en explosion à cet âge.  

La musique et la réussite scolaire

La recherche scientifique démontre également qu’un enfant qui entreprend tôt une formation musicale voit une amélioration de sa mémoire verbale et de ses capacités de lecture, et qu’il apprend plus facilement les langues secondes. De nombreuses études ont établi que la pratique de la musique favorise la réussite scolaire de façon générale. 

 

Par contre, cette activité régulière ne semble pas faire augmenter le quotient intellectuel de l’enfant. Trop de facteurs entrent en ligne de compte pour tirer de telles conclusions, notamment la génétique, le milieu familial, les autres activités de l’enfant, la méthode d’enseignement et j’en passe. Pourtant, de nombreux parents ont longtemps cru que l’effet Mozart — la simple écoute de la musique de Mozart pour améliorer le Q.I. de leurs enfants — était une solution facile. Comme les chercheurs l’ont par la suite démontré, il n’en est rien.

L’expérience de Kent Nagano et l’OSM

Nous avons la chance d’avoir ici même au Québec un projet concret témoignant de l’effet positif de l’apprentissage de la musique chez les tout-petits. En 2016, l’ancien directeur musical et chef de l’Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano, a démarré, avec l’Université de Montréal et la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, un programme d’éducation musicale, « La musique aux enfants », à l’école Saint-Rémi.

Il s’agit d’enseigner la musique de façon régulière et soutenue aux enfants de quatre et cinq ans. Les 200 participants au programme font 30 minutes de musique par jour avec un mélange de chant choral, de pratique d’un instrument — le violon ou le piano — et d’exercices de rythme. Les observations préliminaires après cinq ans de formation sont positives. Selon la gestionnaire principale du programme, Geneviève Bigonnesse, on constate une augmentation de la concentration, un meilleur apprentissage du français, une estime de soi renforcée et un attachement à l’école. 

En conclusion, maestro Nagano, qui a commencé sa formation musicale à l’âge de quatre ans, résume bien les intentions profondes derrière cette démarche : « Offrir l’apprentissage de la musique aux enfants, c’est insuffler l’espoir et le sentiment que tout est possible. »

o.